VIKTOR, PREMIÈRE !

VIKTOR, PREMIÈRE !

 

— Est-ce que des gens qui veulent faire des formation de prise de parole en public peuvent considérer le fait que vous fassiez de la « figu » au Châtelet comme un plus, ou au contraire comme une distraction pas sérieuse ?

— Là, je vous arrête tout de suite, Marquise ! C’est tout ce qu’il y a de plus sérieux (bien que ce soit formidablement agréable) et c’est une étonnante école de prise de parole en public. Jugez- vous même : Voici une trentaine de danseurs de très haut niveau qui passent la moitié de leur temps sur scène à jouer des scènes théâtrales fortement dialoguées. Certaines tout à fait dramatiques (la femme qui raconte à son vieux mari l’histoire du petit garçon qui se retrouve seul sur la terre…), d’autres franchement comiques (le client qui commande des spaghettis dans une trattoria minable avec une serveuse qui traîne des pieds : — Café ? Y’en a pas, la machine est cassée !). Et la sidérante démonstration de grommelot (cette fausse langue qui a les intonations de la vraie) faite pendant près d’un quart d’heure par la danseuse qui joue la commissaire-priseur dans une vente aux enchères. Sans compter les scènes où ils ne disent rien mais font semblant de parler. Ils sont tellement expressifs qu’on a l’impression de comprendre ce qu’ils ne disent pas. De plus, ils disent leurs textes en français, ce qui est d’une grande courtoisie à l’égard du public, car ils jouent en anglais à Londres et en italien à Rome (et ils sont originaires de tous les coins de la planète : il faut entendre le metteur en scène leur donner des indications en germano-anglo-franco-italien, c’est irrésistible).

Quant à ma participation personnelle (un court moment de danse dans un pastiche de boogie-woogie et une farandole sur une chanson allemande sirupeuse de 1941 : « Hm, du bist so zauberhaft… ») elle oblige à bien distinguer son pied droit de son gauche, ce qui n’est pas aussi évident qu’on pourrait le croire.

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