RÉFORMER L’ORTOGRAFE ?

RÉFORMER L’ORTOGRAFE ?

Moi : À ma connaissance, aucun candidat des deux primaires n’a abordé la question de la réforme de l’orthographe française.

La Marquise : Ils ont des sujets plus importants à traiter, comme la baisse du chômage ou la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Moi : Sans doute, mais cette affaire d’orthographe nous colle aux semelles avec un air de fracture sociale bien large. J’ai longtemps enseigné à des étudiants de première année de fac. Je n’ose pas vous décrire leur orthographe.

La Marquise : Écoutez, les potaches n’ont qu’à s’y mettre une bonne fois et à apprendre leurs règles. Ma grand-mère ne faisait pas une faute à la dictée du brevet.

Moi : En êtes-vous vraiment sûre ? il paraît que c’est faux !

La Marquise : Ah bon ? Qui dit cela ?

Moi : J’ai deux sources : les lettres des poilus de la Grande Guerre qui — en très grande majorité — n’avaient qu’un lointain rapport avec l’orthographe de l’école. Et aussi le célèbre imprimeur Ambroise Firmin-Didot, en plein xixe siècle.

La Marquise : Admettons pour les poilus. Que dit le célèbre imprimeur ?

Moi : Il dit (en 1868) « Que d’efforts et de fatigues quelques réformes pourraient encore épargner aux mères et aux professeurs ! que de larmes à l’enfance ! que de découragement aux populations rurales ! Tout ce qui peut économiser la peine et le temps perdu à écrire des lettres inutiles, à consulter sa mémoire, souvent en défaut, profiterait à chacun. Car, avouons-le, personne d’entre nous ne saurait s’exempter d’avoir recours au Dictionnaire pour s’assurer s’il faut soit l’y soit l’i dans tel ou tel mot ; soit un ou deux l, ou n ou p dans tel autre ; soit un ph ou un th ; un accent grave ou un accent circonflexe, un tréma ou un accent aigu, un trait d’union ou même la marque du pluriel, l’s ou le x, dans certains mots. » (Observations sur l’orthographie, 2e édition, p. 3)

La Marquise : Oui, mais moi, je respecte ce que m’ont appris mes instituteurs. Si on modifiait l’orthographe, j’aurais l’impression de commettre un sacrilège.

Moi : Même quand on écrit évènement ?

La Marquise : Oui, c’est un vrai réflexe. Pour moi, on écrit événement, et aussi une clef.

Moi : Voilà qui est intéressant. L’orthographe serait donc une sorte de religion ?

La Marquise : Oui. C’est quelque chose de fixe dans ce monde qui a la bougeotte.

Moi : Une sorte d’illusion rassurante d’éternité ?

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