POLITIQUE OU THÉÂTRE ?

POLITIQUE OU THÉÂTRE ?

« Mesdames messieurs, dit Louis XVI, dans “une grande salle de conférences” à Versailles, Mesdames messieurs, je vous souhaite la bienvenue. Je vous ai donc assemblés aujourd’hui ici pour vous faire part de mes importants projets et aussi pour recueillir vos précieux conseils. »

Le roi n’est pas le petit homme empâté que nous connaissons, avec son costume chamarré et sa perruque poudrée. Non, il est grand et assez bel homme, chauve, mais très élégant dans son costume gris. Il n’est pas à Versailles, mais sur la scène du théâtre des Amandiers de Nanterre. L’effet est saisissant. Comme dit l’autre, on s’y croirait. On s’y croirait à tel point que la salle se met à applaudir vigoureusement le monarque, lorsqu’il propose rien moins que de mettre fin aux privilèges fiscaux exorbitants de la noblesse et du clergé, qui ruinent les finances du pays.

Difficile de se retenir d’applaudir, jusqu’au moment où on s’aperçoit que les bravos viennent d’une claque bien organisée dans les rangs des spectateurs. Quelques scènes plus loin, les mêmes claqueurs deviennent les députés de l’Assemblée constituante, qui s’interpellent, s’injurient sans vergogne et se battent pour prendre le micro.

Je passe sur le numéro hilarant de la speakerine espagnole qui fait le commentaire « live » de l’ouverture des états-généraux pour une chaîne de télévision madrilène, avec traduction simultanée.

Le pari est audacieux car, dès les premiers mots, on sait que le discours est outrageusement modernisé, puisqu’il n’y eut pas l’ombre d’une femme élue dans une quelconque assemblée nationale française avant 1945 (merci Marthe Simard et Lucie Aubrac). Cependant, on y croit.

On y croit et on s’aperçoit que Pommerat et ses acteurs passent au scalpel toutes les ficelles du métier d’orateur, qu’il soit professionnel ou improvisé. Et on s’aperçoit que, contrairement à une rumeur persistante, les jeunes s’intéressent énormément à la politique (les trois quart de la salle ont moins de 30 ans), à condition qu’on ne les assomme pas de discours artificiels, et qu’on leur parle réellement de politique, c’est-à-dire, sauf erreur, de la gestion des affaires communes par les citoyens.

Vive le théâtre, donc !

NB : Il s’agit bien sûr de Ça ira (1) fin de Louis.

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