LE VERTIGE DU CHIFFRE

LE VERTIGE DU CHIFFRE

Notre fidèle lectrice a judicieusement répondu à notre précédent billet : N’auriez-vous pas remarqué, Marquise, qu’il s’agit davantage aujourd’hui de s’attaquer aux lourdauds qui s’imaginent qu’une femme dans leur chambre est une femme dans leur lit ? Serait-ce parce que l’excision est pratiquée par les femmes, auxquelles il est devenu très malséant de faire des reproches que l’on s’en préoccupe moins ? A quand le « me too » des femmes excisées et le « balance ton exciseuse » ?

La Marquise : Cela me paraît absolument juste. Vous devriez proposer ce « hashtag » à l’OMS et autres organisations féministes militantes (FEMEN ?).

Moi : J’y souscris des deux mains. Et j’enchaîne sur le sujet suivant, à nouveau emprunté à Nicole Ferroni.

La Marquise : A-t-elle dit une bêtise ?

Moi : Non, mais elle s’est laissée emporter par le vertige des chiffres en ajoutant : « 200 millions de femmes et filles sont excisées, mutilées chaque année dans le monde. »

La Marquise : C’est faux ?

Moi : Oui, c’est faux. Non pas l’idée (un très grand nombre de femmes), mais le chiffre (200 millions chaque année).

La Marquise : Bien sûr. Dès qu’on s’y arrête, cela saute aux yeux. S’il y a 6 milliards d’humains sur terre, 3 milliards sont des femmes et 200 millions représenteraient 15 % du total chaque année, ce qui est évidemment impossible ! Pourquoi a-t-elle dit cela ?

Moi : Parce qu’elle a voulu donner un chiffre énorme pour frapper l’auditeur, et 200 millions est un chiffre énorme. Le vrai chiffre, publié par l’UNICEF est d’environ 2 millions chaque année, ce qui est déjà énorme. Il y aurait donc aujourd’hui, vraisemblablement, 200 millions de femmes excisées (tous âges confondus). Pour certaines, l’affaire remonte à plus de 80 ans et ce n’est donc pas « chaque année ».

La Marquise : Est-ce si grave ?

Moi : Dans l’intention, ce n’est pas grave, c’est même louable, si l’on veut sensibiliser les gens au problème. Le danger est que des personnes malintentionnées (le syndicat des exciseuses égyptiennes, éthiopiennes ou indonésiennes) aillent claironner qu’on a gonflé les chiffres, ce qui jette le doute sur l’ensemble de la dénonciation.

La Marquise : Alors, que faire ?

Moi : Parler plus lentement et expliquer clairement le contexte. Du coup, même un chiffre diminué de deux zéros reste énorme.

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