LE PUBLIC A CINQ ANS

LE PUBLIC A CINQ ANS

La Marquise : C’est nouveau ! D’où nous sortez-vous cela ?

Moi : D’Ariane Mnouchkine, ou plus exactement de Philippe Caubère, encore lui, qui entretient avec elle une relation d’amour-détestation digne des meilleurs feuilletons.

La Marquise : Mais encore ?

Moi : C’était pendant son second spectacle, intitulé « Clémence », qui raconte un cocasse séjour de vacances dans un « camp » naturiste. Tout à la fin, au bout de deux heures bien sonnées, Caubère se met à jouer un gros naturiste belge qui est resté trop longtemps au soleil et qui est brûlé « au 14e degré » (sic). Il s’écroule sur le sol et gémit qu’il a des brûlures sur tout le corps. Le public se tord de rire. Il se palpe les bras et les jambes et annonce que ses énormes cloques sont en train d’éclater et de suppurer. Réactions diverses dans le public, certains ne peuvent réprimer un Beurk ! de dégoût. Alors, Caubère, toujours couché par terre, se tourne vers nous et dit : « Ariane Mnouchkine avait raison : le public a cinq ans ! »

La Marquise : Eh oui ! Dès qu’on nous raconte une histoire, nous devenons des enfants, prêts à croire au Père Noël.

Moi (toujours doctoral) : C’est ce que les Américains nomment avec justesse Storytelling, et qui est très mal considéré de ce côté-ci de l’Atlantique, comme si toute histoire était nécessairement une mystification (en politique notamment). Je soutiens la position inverse : le public n’adhère jamais à la seule logique d’un raisonnement. Il ne croit qu’à une histoire vécue qui en est la concrétisation. Le tout est de bien la choisir et de dénoncer les mystificateurs.

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