LA QUESTION DE TOMI UNGERER

LA QUESTION DE TOMI UNGERER

— Je ne vous ai pas lu la semaine dernière ! Que se passe-t-il ? Je suis follement inquiète, dit la Marquise. Vous n’êtes pas malade, j’espère ?

Moi : Mais non, pas du tout. Je vais très bien. Rassurez-vous.

La Marquise : Alors, j’aimerais vous rapporter un mot étonnant que j’ai entendu de la bouche du fameux dessinateur alsacien Tomi Ungerer.

Moi : L’immortel auteur des Trois brigands et du Géant de Zéralda ?

La Marquise : Lui-même.

Moi : Je brûle de l’entendre !

La Marquise : Figurez-vous que, l’autre matin, notre Tomi national passe à la radio et le spikeur lui demande s’il veut répondre à une question posée par un enfant nommé Matteo, âgé de sept ans. Évidemment, Tomi accepte.

— Question de Matteo, sept ans : « Pourquoi se pose-t-on toujours des questions ? »

Tomi Ungerer (avec son inimitable accent alsacien) : C’est essentiel. Je pense qu’une question se pose toujours comme un avion. Et quand un avion se pose, il retrouve son ombre. Ce serait beau si les réponses retrouvaient leur ombre en atterrissant.

Moi : C’est magnifique ! Ungerer est vraiment le roi de la métaphore.

La Marquise : J’en conviens. Mais il a aussi raconté des histoires moins gaies.

Tomi Ungerer : Au lycée (dans les années 1950), j’ai organisé des grèves pour avoir le droit de parler alsacien. Un mot d’alsacien était puni par deux heures de retenue et dans certaines écoles, par une paires de baffes dans la gueule. Mais après la Première Guerre mondiale, c’était quand même pire parce que les instituteurs donnaient aux petits enfants alsaciens un morceau de savon à mâcher pour nettoyer leur bouche de cette affreuse langue. Plus tard, au lycée, mon professeur me disait : Ungerer (il le prononce « ingéraire »), perdez votre accent avant de vous intéresser à la littérature ! »

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