IDENTITÉ CULTURELLE ?

IDENTITÉ CULTURELLE ?

— Je suis, ma chère, très honoré d’aller la semaine prochaine à Sélestat (Schlettstadt en alsacien) présenter mes deux derniers bébés : Les Grandes Religions pour les Nuls et La Renaissance pour les Nuls.

— Je comprends fort bien, dit la Marquise, mais pourquoi avoir éprouvé le besoin, légèrement cuistre, de préciser que Sélestat se dit Schlettstadt en allemand ?

— J’ai dit « en alsacien », je n’ai pas dit « en allemand » !

La Marquise : Dans le cas précis, c’est la même chose. D’ailleurs, l’alsacien n’est-il pas un dialecte allemand ?

Moi : Eh bien, c’est tout simplement pour flatter mes hôtes, qui sont alsaciens.

La Marquise : Et comment se nomme le patron de la librairie ?

Moi : Il se nomme Wachenheim.

La Marquise : Au téléphone, lui avez-vous dit : « Bonjour, Monsieur Wachenheim », avec un ch bien germanique, comme la jota espagnole ?

Moi : Oui, bien sûr. Et savez-vous ce qu’il m’a répondu ?

La Marquise : Je parie qu’il vous a répondu : « Vous pouvez m’appeler Wackenheim », avec un k bien français, comme quand nous disons Jean-Sébastien Bak, pour Bach.

Moi : Il m’a même ajouté que certaines personnes l’appellent Ouakenaïm, et que cela ne le gêne nullement.

La Marquise : Donc ?

Moi : J’avais oublié qu’en Alsace, c’est moi l’étranger (si j’ose dire, bien que ma mère fût une Kammerer de Mulhouse) et que le libraire était très fier d’avoir aussi bien assimilé la langue française.

La Marquise : C’est bien de flatter son auditoire, mais il ne faut pas se tromper sur son identité culturelle présumée lorsque vous lui rappelez que sa langue maternelle n’est (peut-être) pas la même que la vôtre.

Moi : Décidément, vous parlez d’or ! (À suivre)

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