FEMMES OU FIGURES

FEMMES OU FIGURES

— Je vous parlerai un autre jour du livre de Victor Klemperer , car j’ai dû le rapporter à la bibliothèque de la Sorbonne. Un autre lecteur le réclamait. J’espère qu’il n’est pas épuisé chez mon libraire.

La Marquise : Vous parlez de LTI, la langue du Troisième Reich ?

Moi : Oui. Je vais donc vous parler de l’importance du titre, car je viens de voir un film dans lequel un personnage (une mathématicienne noire américaine des années 1960) prononce un discours très brillant devant un tribunal de Virginie pour obtenir l’autorisation de s’inscrire dans une université réservée aux Blancs.

La Marquise : Je l’ai vu aussi, c’est Les Femmes de l’ombre.

Moi : Eh bien non, justement pas ! Celui-ci, celui-ci est un film français sur des femmes résistantes pendant la Seconde Guerre mondiale. Celui dont je parle est un film américain qui s’appelle… (un silence).

La Marquise : Il s’agit pourtant aussi d’une histoire de femmes, celles qui ont permis d’établir les trajectoires des premiers vols spatiaux de la Nasa. Il est en effet excellent. Comment s’appelle-t-il donc ? (Nous cherchons dans L’Officiel des spectacles et finissons par trouver).

Nous deux à l’unisson : Il s’appelle Les Figures de l’ombre.

La Marquise : Vous avez raison, c’est un titre impossible à retenir, parce qu’il n’évoque rien à une personne qui ne l’a pas vu.

Moi : On pense que c’est au mieux une histoire de fantômes, alors que c’est un film de critique sociale.

Moralité : que vous parliez ou écrivez, donnez toujours un titre à votre intervention, simple, clair et mnémotechnique, c’est-à-dire facile à retenir. La métaphore seule ne suffit pas. Il faut que l’on comprenne immédiatement à quoi elle se rapporte — et que le public s’en souvienne en sortant de la salle.

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