CHANGER DE LOGICIEL ?

CHANGER DE LOGICIEL ?

— « Je veux changer de logiciel pour redresser la France ! » a dit François Fillon le soir de son succès aux primaires de la droite et du centre (hier soir donc).

— Qu’ouïs-je ? sursaute la Marquise. La France serait-elle donc un ordinateur et son gouvernement un logiciel ? La métaphore est hardie. Je croyais que la France était un peuple et que son gouvernement était composé d’hommes experts en jugement politique, précisément élus à cause de cette qualité. Je ne sache pas qu’un logiciel ait le moindre jugement politique.

— N’exagérons pas, lui réponds-je. Je crois plutôt que l’excellent Fillon a utilisé cette formule sans penser que c’était une métaphore lourde de sens. Il a juste voulu utiliser un mot un peu ronflant pour éviter de dire simplement « changer de logique », qui aurait paru trivial.

— Il aurait donc dit « logiciel » pour « logique » ?

— Oui ! J’en mettrais mes cheveux à couper ! C’est un tic très répandu chez les orateurs qui veulent se donner un air de profondeur. Ils remplacent des mots courants, tels que « méthode » ou « problème », par un mot semblable, mais plus long, et de préférence à sonorité grecque ou latine. Cela fait savant. Ils disent « méthodologie » pour « méthode », « problématique » pour « problème ». Ils disent aussi « expertise » pour « compétence » ou « au niveau de » pour « dans ».

— Sapristi ! Vous avez raison ! C’est un véritable tic dans le jargon des entreprises.

— Rien de très nouveau là-dedans. Rappelez-vous un certain bourgeois-gentilhomme.

— Quoi ? Celui qui dit : « D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux » au lieu de : « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour » ?

— Eh oui ! Fillon aurait pu dire : « Pour la France redresser, de logiciel changer je veux. » Cela aurait paru fort énigmatique, donc encore plus profond.

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