CEUX QUI FOUTENT LE BORDEL

CEUX QUI FOUTENT LE BORDEL

Voici quinze jours, le nouveau président Macron visite l’Ecole d’application aux métiers des travaux publics, à Egletons (Corrèze). Un élu local se plaint de ne pas trouver de candidats pour des emplois à pourvoir dans sa région. Emmanuel Macron déclare alors : « Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder là où ils pourraient avoir des places ». Qui sont ces « certains » ? Clairement, les salariés de l’équipementier GM & S venus protester à quelque distance contre leur licenciement programmé.

Scandale ! s’écrie la Marquise. Un président de la République ne doit pas causer comme un charretier.

Moi : Il s’en est justifié une semaine plus tard à la télévision, en disant que « bordel » est du registre populaire.

La Marquise : Certes, mais « foutre » est du registre vulgaire ! C’est de l’argot, ce me semble !

Moi : Voulez-vous dire qu’un président de la République ne doit pas s’exprimer comme un truand dans un film policier ?

La Marquise : Et pourquoi pas : « Casse-toi, pauv’con ! » ? Ah, là, là ! Moi qui me faisais une fête d’avoir un président qui cite Flaubert à tout bout de champ.

Moi : Auriez-vous préféré le discours des Comices agricoles dans Madame Bovary : « Le temps n’est plus, messieurs, où la discorde civile ensanglantait nos places publiques, où le propriétaire, le négociant, l’ouvrier lui-même, en s’endormant le soir d’un sommeil paisible, tremblaient de se voir réveillés tout à coup au bruit des tocsins incendiaires, où les maximes les plus subversives sapaient audacieusement les bases… » ?

La marquise : Il y a peut-être un juste milieu.

2 Commentaires
  • Etchebeheïty
    Posted at 13:59h, 25 octobre Répondre

    Et s’il avait dit “au lieu de manifester” ? Il semble bien que ce qui a choqué le plus et fait parler le plus, c’est le vocabulaire très familier. La forme plus que le fond. Finalement c’est sans doute moins grave d’être attaqué sur le style que sur la pensée ! L’élégance ou la trivialité permettent de faire passer plus facilement une idée dérangeante. D’où l’intérêt de bien connaitre les registres de la langue et de savoir les employer selon l’auditoire, n’est-ce pas, Marquise ?

  • Doctor Saladinus Parrhisiensis
    Posted at 14:10h, 25 octobre Répondre

    Bien sûr, ma chère comtesse ! On hésite à penser que le très littéraire Macron se soit laissé aller sans réfléchir à parler “vulgairement” — comme le faisait en d’autres temps un certain Sarkozy. Comme vous le suggérez finement, il est fort possible qu’il ait choisi ce style pour agiter un chiffon rouge sous les yeux de ses adversaires en leur faisant négliger le fond du propos. C’est une tactique diversion.

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