CE QUE LES MOTS VEULENT DIRE

CE QUE LES MOTS VEULENT DIRE

Je ne résiste pas à l’envie de rapporter ici un échange avec la Fidèle lectrice, qui m’a écrit ce petit mot à la suite de mes critiques sur l’orthographe dite « inclusive » :

La Fidèle Lectrice : Certaines ont bien prouvé qu’il y a de meilleures façons pour les femmes d’être visibles, sans compliquer la vie des utilisateurs de la langue française, écrite et parlée, car comment prononcer ces étrangetés dans un discours ? J’attends les solutions de Rhétorik’art avec gourmandise ! Par ailleurs, pourquoi vouloir rejeter les « droits de l’Homme », formule parfaitement inclusive et noble, à mon sens ? Encore faut-il savoir ce que ce mot veut dire…

Moi : Tout juste, ma chère ! « Encore faut-il savoir ce que les mots veulent dire. » Comment le savoir ? C’est délicat, car éminemment variable. Ainsi, je me suis fait censurer un titre dans un livre que j’ai récemment publié (Les grandes religions pour les nuls). Je vous raconte : Il s’agissait de nommer un chapitre racontant les débuts du christianisme. Je propose un titre qui me semble riche de signification : « De la secte juive à la religion d’État ». l’éditeur me signale vertement que le mot « secte » a un sens péjoratif et qu’il ne veut pas que les potentiels lecteurs catholiques se sentent critiqués. Il a raison sur le premier point, mais je pense qu’il se fourre le doigt dans l’œil sur le second. En effet, les premiers chrétiens se considéraient eux-mêmes comme une secte juive, car à l’époque, on nommait secta (hérésis en grec) toutes les écoles philosophiques ou religions qui proliféraient en Orient. De plus, nos amis anglo-saxons, surtout ceux qui ont lu attentivement Max Weber, savent qu’il existe deux tendances dans toute religion : une tendance « bureaucratique » qui la pousse à devenir un appareil d’État s’imposant à tout le monde (au prix de pas mal d’accommodements), et à vendre le salut à qui veut bien l’acheter ; et une tendance opposée, absolument sectaire, qui pousse à s’isoler du monde (sectare = se couper) et à se fabriquer le salut entre soi (quelques élus triés sur le volet). J’espère ne pas avoir été trop pontifiant. À suivre donc, et bonne année à toutes et à tous (à tous-tes ?)

 

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