GC : Y-a-t-il différents types d’entretiens ?
JCS : Oui. Je distingue trois types d’entretien :
1. L’oral strictement professionnel : le jury pose des questions visant à vérifier les aptitudes et les connaissances techniques des candidats. Ce type d’oral concerne les agents de catégorie C. Le plus souvent les candidats sont mis en situation.
2. Il y a ensuite l’entretien dans lequel on est supposé traiter un sujet ou commenter un petit texte. Il s’agit d’entretiens de culture générale. Il requiert la révision d’une matière spécifique (droit, économie, histoire contemporaine …).
3. L’entretien sans programme, à "bâtons rompus" : on interroge le candidat sur des sujets divers ayant trait au candidat lui-même (par exemple motivation, parcours…) ou encore à l’actualité. »
GC : Combien de temps durent-ils ?
JCS : Ils durent entre 1 quart d’heure et une demi-heure en général. Pour le candidat, c’est un moment très important. Tout ce joue-là. Pour ses interlocuteurs, les oraux durent toute la journée, voire parfois toute la semaine. Il faut penser au jury qui souvent s’ennuie. Le temps est long pour eux alors qu’il est court pour le candidat qui doit donc intéresser les interlocuteurs, être enthousiaste, naturel, souriant, de bonne humeur. »
Pendant l’entretien
GC : Comment se présenter face au jury (serrer la main par ex.) ?
JCS : Il ne faut pas que le candidat soit triste, désagréable, qu’il ne veuille pas répondre. Le jury va retenir ceux qui sont francs, ceux qui répondent aux questions qu’on leur pose, ceux qui sont gais, vivants, ceux qui savent argumenter, être concret. Il faut remplacer tout ce qui est général par du particulier, tout ce qui est abstrait par du concret : ne par dire « on », mais « je » ou « nous » ou « M. X ». Il y a un certain rituel pour ces oraux, une petite mise en scène. Il faut montrer qu’on s’intéresse au jury. On rentre dans la salle, on salue, mais pas dans la généralité. Il faut regarder les gens et leur dire « bonjour messieurs », « bonjour mesdames ». Par contre, il ne faut pas serrer la main aux membres du jury. Durant l’entretien, il faut bien articuler, parler distinctement, respirer convenablement.
GC : Où poser son regard pendant l’entretien, qui regarder ?
JCS : On doit regarder les membres du jury quand on leur parle. Il faut chercher le contact visuel. On croit quelqu’un qui vous regarde. C’est très gênant quand quelqu’un vous parle et ne vous regarde pas. »
GC : La tenue vestimentaire du candidat est-elle importante ? Comment doit-il s’habiller ?
JCS : On est dans une cérémonie ritualisée. On rencontre des gens qui vont être nos supérieurs. Il faut donc s’habiller selon les règles classiques. Il faut leur montrer que l’on a fait un effort pour leur plaire sans être mieux habillé qu’eux. « Ni jogging, ni smoking ». Il faut être soigné tout simplement. »
GC : Qu’est ce qui est le plus difficile à gérer pour le candidat ?
JCS : C’est le stress qui est pour le candidat la difficulté première. Le candidat se retrouve dans une situation régressive psychologiquement. La situation d’angoisse entraîne souvent deux types comportements : celui de la fuite. Le candidat essaye de ne pas répondre à la question en croyant que c’est un piège. Le deuxième type de comportement est la fermeture. Le candidat se braque. En fait, il faut donner des réponses ouvertes. La bonne réponse n’est pas forcément la réponse même. Le jury ne vérifie pas les connaissances car c’est l’objet des écrits. Il est là pour voir comment vous réfléchissez, comment vous vous exprimez. Le candidat croit que les membres de jury sont là pour le persécuter, pour l’éliminer. C’est un fantasme. C’est en fait l’inverse. La grande angoisse du jury c’est d’éliminer des gens qui sont « bons ». Il faut donc montrer ses qualités. Il faut que le candidat montre qu’il est quelqu’un d’intéressant, qui sait dialoguer, qui sait répondre, qui sait argumenter.
GC : Comment structurer son propos face au jury ?
JCS : On commence par énoncer clairement la chose, on l’illustre immédiatement par un exemple concret, et l'on en tire la leçon en généralisant. C’est un exposé en 3 temps. Sur n’importe quel sujet, il faut prendre l’habitude d’exposer comme cela.
GC : Peut-on réellement donner son opinion face aux membres du jury ?
JCS : Oui, et là je suis formel ! Il y a beaucoup de questions qui appellent à formuler son opinion. Il s’agit surtout d’argumenter en illustrant ses propos par des exemples concrets. Quand la question est explicite il ne faut d’ailleurs pas être fuyant. Si on ne répond pas, c’est comme si on ne considérait pas la question comme suffisamment importante et le jury peut prendre ça comme un refus de communication.
Avant l’entretien :
GC : Comment éviter les « ratés du discours » ?
JCS : L’élocution, la vitesse de débit, la respiration, l’articulation… s’il y a une chose qui se travaille c’est bien ça ! Il y a deux méthodes : on s’adresse à des organismes spécialisés qui vous préparent aux oraux ou bien, on s’entraîne chez soi. Il faut alors avoir recours à la vidéo, qui est un outil formidable pour améliorer son discours. On voit tout de suite ce qui ne va pas lorsqu’on visionne la cassette. Il faut également regarder les autres, voir comment il s’exprime, analyser ce qui va et ce qui ne va pas dans la façon dont ils parlent. La simulation d’entretien est un très bon exercice. Se regarder dans la glace représente un intérêt pour travailler la respiration. Lorsqu’on est en situation de très grand stress, il faut respirer en gonflant le haut des poumons. On voit qu’on respire bien devant sa glace si ses épaules se redressent. Il faut surtout se tenir bien droit.
GC : Peut-on connaître à l’avance la composition des membres du jury ?
JCS : Dans certains cas, on peut savoir, dans d'autres, non. Il faut se renseigner le plus tôt possible auprès des organisateurs des concours qui connaissent en général la composition du jury.
GC : Comment se préparer à ces oraux afin de diminuer le plus possible l’incertitude inhérente à tout oral ?
JCS : Il faut pouvoir le jour de l’oral mettre des éléments en relation, lier des notions. Le jury ne vous reprochera pas de ne pas tout savoir. En revanche, il vous reprochera de ne pas tenter d’élargir la question. Il faut lire le journal, les quotidiens (le Monde, Libération, le Figaro, le Canard enchaîné…), les hebdomadaires, les journaux d’analyse. Il faut se préparer à la question des hobbies : le dernier livre lu, le dernier film vu …Toutes ces questions peuvent être préparées à l’aide par exemple de fiches (musique, sport, cinéma, art …). Il faut donc simuler autant qu’on peut, faire des exercices, regarder les annales, les rapports de jury, se renseigner sur le concours auprès des gens qui l’ont déjà passé. Il faut bien sûr se renseigner sur la façon la plus précise possible sur toute l’actualité de l’administration dans laquelle on veut rentrer. Il faut également connaître l’actualité de la veille et du jour de l’examen.
GC : Y-a-t-il des thèmes récurrents abordés par les membres du jury ?
JCS : Oui, les questions sociales, politiques, économiques. C’est l’aspect humain qui intéresse le jury, l’aspect social ou politique, les questions de société.
GC : Comment peut-on s’entraîner à gérer son temps ?
JCS : Toujours par simulation. Quelqu’un vous pose une question et vous vous donnez par exemple 3 minutes pour y répondre. Il faut mesurer son débit de parole.
GC : Finalement, qu’est-ce que les membres du jury attendent du candidat ?
JCS : Que le candidat les intéresse, qu'il leur donne envie de travailler avec lui, c’est tout ! Les connaissances ont été vérifiées à l’écrit. À l’oral, il reste à séduire le jury